Voile intégral : chronique d’une stigmatisation rentable
Anatomie d’une stigmatisation rentable
Qu’on se le dise : ni le principe de laïcité, ni le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, ni même le principe de sauvegarde de la dignité humaine n’ont été retenus par le Conseil d’État comme des fondements juridiques suffisants pour justifier une interdiction générale du voile intégral !
Le Conseil d’État ne retient que deux motifs susceptibles, non pas d’interdire de façon générale et absolue le port du voile intégral, mais de justifier qu’une personne doive maintenir son visage découvert : la sécurité publique et la lutte contre la fraude.
Autrement dit, si interdiction il y avait, elle ne devrait pas être générale, mais circonstanciée et limitée à des temps et lieux bien précis.
Ce sera en fait aux pouvoirs publics, autrement dit aux autorités qui déterminent et conduisent l’action politique, de définir les hypothèses d’une telle application.
Que fera-t-on de cet avis émis par le Conseil d’État ?
Va-t-on, comme en 2004, tordre le cou aux textes pour parvenir à une interprétation et, de là, à une application abusive et tendancieuse de cet avis ?
Va-t-on tenir compte de cet avis alors qu’il était demandé de trouver des solutions juridiques pour une « interdiction du voile intégral la plus large et la plus effective possible » ?
Après une construction intellectuelle et médiatique fantasmagorique, décrivant une véritable invasion de femmes voilées, véritables chevaux de Troie, et l’embrasement imminent des quartiers animés par une pandémie islamo-islamiste, quelle va être la réaction des partisans de cette stigmatisation diabolisante qui ne se cache plus ?
À chaque proposition de loi raciste et liberticide, on attend et on pronostique, parce qu’on la souhaite, une réaction violente des musulmans.
Mais là encore, fiasco : les musulmans restent encore une fois calmes et sereins, et ouverts, malgré ces attaques en règle que d’aucuns osent qualifier de « courage politique ».
Nous attendons avec impatience que cette « bravoure » s’exprime dans le cas des indépendantistes corses (cf. Alliot-Marie discute avec les modérés d’entre eux !) ou des systèmes mafieux du Sud de la France. Mais là, comme il y a un véritable risque de réaction, chut !
« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
D’un côté, il y a la force violente répétée, quasi légalisée, basse et méprisable, et à cette force s’opposera, un jour ou l’autre, une force de l’esprit et du droit, contre laquelle le « laïcisme fanatique », la bêtise et la violence injuste s’inclineront.
Il viendra également un temps où les historiens feront le parallèle entre cette triste période actuelle où l’islamophobie avait pignon sur rue et la période noire du régime de Vichy.
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