L’Empire des lâches : chronique d’une trahison arabe programmée

L’Empire des lâches : chronique d’une trahison arabe programmée

« Je n’ai peur de rien, je paierai le prix qu’il faut pour rester ici. J’ai mon fusil et je combattrai jusqu’à la dernière goutte de mon sang… » — Mouammar Kadhafi.

L’illusion militaire et la vérité des peuples

Des dizaines de milliers de chars, autant de canons, des milliers d’avions de combat, plus d’un million de soldats mobilisables par les pays du Golfe, sans compter les armes de réserve… Mais où sont donc toutes ces forces ? Sont-elles seulement organisées en commandos aux visages anonymement barbares, chargés d’aller semer zizanie et désordre dans des pays relativement apaisés, ou même sur leurs propres populations ?

Quant à leurs pays, ne peuvent-ils avoir une autre utilité que celle de servir de bases arrière pour le lancement d’attaques incessantes contre tous les pays dits « récalcitrants » ? Bases de bombardiers et autres engins de combat états-uniens ou de l’OTAN ?

Depuis 1984, la Palestine et les Palestiniens ont plus sacrifié et combattu que toutes ces armées réunies. Qui combat en Palestine, qui combat en Tchétchénie, qui combat en Afghanistan, au Liban, en Irak… ? Le peuple, encore et toujours.

Les peuples orphelins face au silence complice

Des peuples orphelins de leurs gouvernements, orphelins de leurs leaders, orphelins de leurs terres, orphelins de leurs armées, orphelins de leurs abondantes richesses, orphelins de leurs enfants, orphelins de leurs savants, orphelins de tout… Marqués par le sceau de la douleur, de la peur et du sang… mais si riches de Dieu et de leurs convictions, pour lesquelles ils ont tant payé et pour lesquelles ils continuent de donner sans faillir ni céder.

Haragas, immolés, boat people, suicidés, kamikazes, déportés, exilés… Ils n’ont pour seules armes et boucliers que leurs corps martyrisés et l’espoir d’un peu de dignité.

Quand l’argent du Golfe achète le silence des humiliés

D’où vient cette lâche impuissance polymorphe qui prend l’habit d’une complicité active et sans limite ? Si la honte et l’ignominie pouvaient tuer, ils en auraient été foudroyés, décomposés et jetés depuis bien longtemps dans les poubelles et autres rebuts non recyclables de l’histoire de l’humanité.

Vassalisation, mise à disposition, collaboration… Même si certains y voient une différence, le résultat, lui, ne souffre d’aucune nuance : le feu, la terreur, la destruction et le sang.

Comptait-on acheter notre complicité ou notre silence affecté en lançant, notamment, ce fonds d’investissement de 50 millions d’euros injectés dans des projets économiques présentés par des jeunes socialement défavorisés ?

Vassaux dorés, conscience plombée : Dubaï ou la Mecque du néo-servage

Peut-être y aurait-on vu, en d’autres temps, sous d’autres auspices, une entrée en matière intéressante. Sauf qu’aujourd’hui, ces démarches ne sont pas sous-tendues par une noble idéologie ni par de réels objectifs économiques, mais bien par la fébrilité compulsive d’individus repus, traqués par leurs propres hantises, leurs propres peurs, leurs propres démons.

Pensent-ils atténuer leur trahison en prodiguant quelques dollars souillés du sang de millions d’innocents, dont on ne respecte même pas les corps déchiquetés ?

Pensent-ils pouvoir effacer leur crime et s’acheter une « virginité démocratisante » en acquérant des parcelles de France et de Navarre, pour lesquelles — comble d’ironie — ils ne sont même pas imposables ?

Transformée en destination de rêve, Dubaï symbolisera bientôt la gouvernance idéale, le modèle religieux de l’orthodoxie bien-pensante, bobo et rentière, et le pays phare d’une démocratie à l’orientale… après Israël, bien sûr !

Israël, modèle de démocratie sélective ?

Israël et la force de frappe de son arsenal nucléaire, qui refuse toute inspection sur son territoire et piétine le droit international. Israël dont les premiers représentants étaient des terroristes, et dont aucun pays arabe n’a jamais demandé la destitution comme ils la réclament aujourd’hui pour la Syrie, le Yémen ou l’Iran.

De l’unité verte à la division tricolore : retour du tribalisme occidental

Le changement du drapeau libyen en est tout un symbole. Destituer le drapeau vert, symbole de l’islam, du panarabisme et de la « révolution du peuple », pour rehausser le drapeau de la monarchie renversée en 1969 est, de ce point de vue, tout à fait symptomatique.

On ne retrouve plus le symbole d’un peuple unifié, mais celui de trois provinces traditionnelles représentées chacune par une couleur. Autrement dit, le symbole d’une politique de division, qui représente depuis les accords de Sykes-Picot la stratégie principale de l’Occident à l’endroit des pays arabes.

Le brouillard théologique : une diversion stratégique orchestrée

Pourquoi sommes-nous, dans la clarté de nos convictions, plus timides vis-à-vis de l’Iran ? Est-ce dû au fait que les Iraniens soient majoritairement d’obédience chiite ? La vérité serait-elle si incroyablement absurde, révoltante et amère ?

Sauver sa peau dans l’éventualité d’un futur paradis acquis, en acceptant que le quotidien de millions d’humains se transforme en enfer… Cela n’est pas sans rappeler les politiques de division, d’excommunication et autres chasses aux sorcières : Kadhafi en enfer, Fahd et al-Khalifa al-Thani au paradis…

Dans le même ordre d’idées, faut-il rappeler que la Libye, en majorité fatimide, n’a jamais bénéficié des bonnes grâces de ses « amis » arabes… Ceci expliquerait-il cela ?

Tyrans halal et démocrates hallucinés

Qui sont donc tous ces gens qui ont décidé de porter le débat non plus, comme il est enseigné en Islam, sur le terrain du combat pour la justice et la dignité, mais plutôt sur les croyances des uns et des autres, et particulièrement sur les divergences concernant les conceptions anthropomorphiques, littéralistes, interprétatives… concernant Dieu — sans aucune critique possible de la méthodologie des uns et des autres — dans un brouhaha théologique créé et alimenté afin de maintenir une approche qui est en réalité plus idéologico-politique que véritablement religieuse.

Noyés dans une approche pseudo-scientifique qui ne respecte ni la rigueur méthodologique, ni la déontologie, ni la probité intellectuelle, on évoque des versets ou des hadiths excommuniant 90 % des musulmans et prétendant que la soumission au gouvernant, même pervers, est une obligation, énonçant par là une allégation dont ils doivent amener les preuves. On saupoudre ensuite le tout de l’avis d’« éminences » bienveillantes, qui, usant de métaphores tonitruantes comme « Pharaon », « taghout » pour les uns, omettent de qualifier la gouvernance de tous les autres…

Ce n’est pas le rince-doigt qui fait les mains propres, ni le vote qui fait une démocratie, et encore moins le label qui fait le tyran ou le bon musulman.

La nation humaine ou l’effondrement moral global ?

« Apportez vos preuves si vous êtes véridiques. »

Le Coran est une révolution venue libérer l’humanité de toutes les théocraties et de tous les pouvoirs s’instituant en intermédiaires entre Dieu et l’homme.

Pourquoi ne rappelle-t-on pas plutôt l’enseignement du Prophète de l’Islam, qui a dit : « Par Dieu, n’est pas croyant celui qui dort repu alors que son voisin est affamé. » Ou encore : « Par Dieu, vous n’atteindrez pas la croyance tant que vous n’aimerez pas pour votre frère ce que vous souhaitez pour vous-même. »

France, République du soupçon permanent

La vraie question est : appartenons-nous à la nation humaine ou n’y appartenons-nous pas ?

Souhaitons-nous y impulser, au nom de nos convictions et de notre foi, un élan salvateur qui débarrassera l’histoire de tous les usurpateurs de liberté, de justice et de dignité ? Quelles armes nous reste-t-il avant le lynchage et la mise à mort ?

Est-il utile d’évoquer la nième loi anti-musulmans visant à interdire le port du voile aux assistantes maternelles, votée en première lecture par un Sénat qui, rappelons-le, avait basculé il y a peu en faveur de la gauche ?

Comment ne pas relever le commentaire d’un parlementaire lors des débats, en réponse à quelques contestations : « Madame Laborde a le droit d’exprimer son opinion. » Je ne savais pas qu’on élisait nos représentants afin qu’ils expriment leur opinion…

Étienne Chouard et le retour au politique réel

Je rends ici hommage à Étienne Chouard, professeur d’économie, qui a le mérite d’avoir remis à l’ordre du jour le débat et la réflexion sur les règles de la démocratie, et sur leur application réelle dans les systèmes démocratiques actuels, en y incluant la notion majeure de « tirage au sort ».

Tous les militants quittant les partis dont ils sont adhérents… Pourra-t-on un jour le voir se réaliser ? D’autant que les élus d’aujourd’hui sont les représentants d’un pays ayant désormais perdu ses principaux critères de souveraineté : il n’est plus maître de sa monnaie, ni de son armée, et encore moins des lois qui régissent les relations européennes et internationales !

L’économie du boycott, la culture du réveil

Pourquoi ne pas envisager, en attendant mieux, une sanction économique et culturelle ; cette arme des désarmés, plus ancienne que tous les traités, plus puissante que toutes les diplomaties ? Une forme de dissidence silencieuse, mais redoutablement lucide.

Réhabiliter le boycott non pas comme repli, mais comme insoumission. Privilégier la langue arabe, le chinois, ou toute autre qui ne flatte pas l’hégémonie dominante. Réduire sa consommation à l’essentiel. Refuser l’industrie du divertissement qui abrutit, les films qui insultent, les produits qui colonisent l’imaginaire.

Revaloriser le commerce local, les circuits alternatifs, les échanges entre communautés de conscience. Sevrer l’ennemi de nos capitaux, de notre attention, de notre consentement. Se faire pauvre aux yeux du monde, mais riche en esprit.

Ce sont là des gestes simples, presque modestes. Mais dans un monde gangrené par la soumission volontaire, ils sont révolutionnaires.

En attendant que, comme dans un ultime murmure des Mille et Une Nuits, l’Histoire reprenne la parole — et que vienne, peut-être, la nuit fatale de la guillotine ou celle, plus insidieuse, des longs couteaux.

 

 

 

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