Et si la victoire avait changé de camp ?
Le grand vainqueur de cette guerre, c’est :
l’intelligence, la patience, la stratégie, la concordance, l’art de la topographie, l’endurance, la constance, la mesure, la gradation, le discernement, la connaissance, le génie tactique, la progression, la maîtrise, la force psychologique et tactique, la clairvoyance, la discipline, le renseignement, l’héroïsme sacrificiel.
Le grand perdant de cette guerre, c’est :
l’insenséisme, l’impatience, l’improvisation, la méconnaissance totale des peuples, le mépris, l’entêtement, le manque de concertation, prendre le monde pour un terrain de jeu, la politique de la terre brûlée, l’assassinat d’enfants, l’arrogance, le mensonge, la lâcheté.
Tournants et fissures
La victoire était jusqu’à ces dernières années synonyme de désordre, de chaos et de famine généralisée. Détruire puis filmer les ruines en arguant que le job a été fait.
Aujourd’hui, l’Iran — quel que soit notre avis sur le régime ou son obédience religieuse — a défié l’hégémonie occidentale sur son propre théâtre d’opérations. Cet affront, personne d’autre ne l’avait lavé. Ni les puissances arabes, ni les monarchies du Golfe, ni même la Turquie, même si Ankara joue parfois une partition ambiguë entre contestation et marchandage.
Nous assistons à un grand tournant dans l’histoire des équilibres mondiaux. Le dernier acteur décisif en est l’Iran, mais également la Chine et la Russie. Trois pôles. Trois refus du même ordre mondial. Refus différents, voire contradictoires parfois. Mais refus commun de l’unipolarité.
Même en Europe, où l’on essaie de sauvegarder le vernis de l’UE au forceps, les fissures sont clairement perceptibles. Le vernis craque.
1ʳᵉ grande fissure : la sortie du Royaume-Uni, même si Londres reste, militairement, le fidèle de Washington. La fissure politique, même si elle n’est pas stratégique, est bien réelle.
2ᵉ grande fissure : l’attitude courageuse de l’Espagne. Courageuse parce qu’elle dit non à la soumission atlantique, non au narratif hégémoniste. Même si ce que nous appelons « courage » n’est que le bon sens politique le plus élémentaire, dégradé par l’époque.
Score : 0 contre chaos
Rappelons qu’en politique il n’est nullement question d’amitié ou d’inimitié, mais de prises de position en faveur de la paix, de la sécurité et de la souveraineté des peuples et des pays.
Si les « alliés » prétendent avoir gagné contre l’Irak parce qu’ils ont pendu un homme au bout d’une corde un jour de grande fête musulmane (Saddam Hussein, exécuté le 30 décembre 2006, premier jour de l’Aïd al-Adha), c’est qu’ils ont désormais une vue biaisée de la victoire. Une victoire militaire ne se confond pas avec une victoire politique, encore moins avec une victoire morale.
Pour ne pas remonter aux calendes grecques, rappelons seulement que :
- Score en Irak : 0 contre chaos — 2 000 dollars le baril de pétrole ? Non. Un pays livré aux milices et à Daech.
- Score en Syrie : 0 contre chaos — L’objectif affirmé était de renverser le régime. À la place, la coalition a assis un mouvement extrémiste, L’ancien régime est tombé. Le chaos, lui, est resté.
- Score en Libye : 0 contre chaos — De l’État le plus riche d’Afrique au marché d’esclaves.
- Score dans les Balkans : 0 contre chaos — La paix a fini par revenir, mais à quel prix ? Et sous quelle tutelle ?
…
En Irak (2003), ni la France ni l’Algérie n’ont participé à cette « croisade » qui, comme on s’en souvient, comptait dans ses rangs des « alliés » plus que disparates : Pologne, Italie, Espagne (avant son retrait en 2004), Royaume-Uni, et la fameuse « coalition des volontaires ».Le résultat, on le connaît : chaos, milices, et Daech.
Mais ce schéma — intervention unilatérale, effondrement, chaos — n’a pas commencé en Irak. Il se répète depuis au moins un siècle et demi : déstabilisations en Amérique latine, guerres proxy, politiques de la terre brûlée. Chaque fois, les mêmes méthodes. Chaque fois, les mêmes conséquences pour les populations.
Ceux qui mènent ces guerres, qui bombardent sans se mouiller, qui assassinent des enfants et mentent à leurs propres opinions, ne sont pas les défenseurs de l’ordre. Ils sont les partisans du chaos. Ennemis de la liberté des peuples, ils fragilisent par leurs actions cette si grande et si fragile humanité. Mais peut-être que cela v enfin changer ?