Le Père Noël, la laïcité et les assistantes maternelles : satire d’un cadeau empoisonné
Le Père Noël, la laïcité et les assistantes maternelles : satire d’un cadeau empoisonné
Non ! Ne vous ruez pas sur vos calendriers. Cette année le Père Noël est un peu en avance il est vrai. Mais il a décidé de faire, auprès des musulmans, une tournée anticipée et toute particulière.
Sûrement avait-il remarqué cette année encore, que nous avions été bien sages et que nous avions avalé religieusement, sans rechigner, tout ce que Papa Sarkozy, Maman Otan et autres parents attentionnés nous avaient mitonné durant toute l’année.
Sûrement a-t-il voulu, avec un peu d’avance certes, nous en récompenser au risque de faire jaser dans les chaumières. Encore un cadeau, ça n’est pas juste ! Ne manqueront pas de déclamer les mauvaises langues dont on imagine déjà les visages ulcérés.
N’en jetez plus Père Noël, nous sommes gênés vraiment. Au point même d’en rougir vous savez. Liberté, égalité, fraternité obligent même si en enfants chéris de la République, nous aimons être l’objet d’un soin plus attentionné.
Mais nous craignons cette fois-ci, vu ce favoritisme affiché, de rendre pâles de jalousie nos concitoyens juifs, chrétiens ou même athées. Les plus superstitieux d’entre nous en redoutent presque, multiculturalisme oblige, la poisse ou le légendaire mauvais œil.
Mais que vaille. Nous n’y pouvons rien si nous sommes, cette année encore, la communauté élue …du Père Noël. On ne va quand même pas nous le reprocher ! Et que personne ne s’avise de gommer ce sentiment de préférence nationale à notre égard, il s’en essoufflerait.
Alors vite à nos cheminées et regardons plutôt ce que Papa Noël nous a apporté…
Quand la République offre des lois en guise de friandises
Explosion… de joie. Un peu de décence vous avez raison ! Quand on sait que tant de foyers aujourd’hui n’auront pas su gagner les faveurs d’un Père Noël de plus en plus économe, pour ne pas dire parcimonieux.
La carte de vœux est signée « Tata Françoise Laborde » ??
Tiens donc, je ne connaissais pas. Nous connaissions tonton Stasi, tonton Myard, tata Hostalier, tonton Raoult…
Françoise Laborde. Une tata lointaine semble-t-il et qui donnait peu de nouvelles jusqu’à présent.
Ma chère filleule, rien que pour toi, une proposition de loi « visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité. »
Et en plus figure-toi qu’en plusieurs années d’exercice, c’est l’unique proposition de loi dont je suis l’auteur, et elle est pour toi. Mais ne me remercie pas, tout le plaisir est pour moi !
Des crèches aux crânes rasés : humour noir et prémonition inquiétante
Quelle touchante attention. Nous en aurions presque les larmes aux yeux.
D’autant que je crois me souvenir que lors de son élection, tata Françoise du parti radical de gauche s’était engagée à prendre à bras le corps, dans son département de Haute-Garonne, les dossiers de l’emploi, de la crise du lait et de l’agriculture, de l’enseignement et de la formation professionnelle, du maintien des services publics de proximité, du droit des enfants et des femmes, son plus gros dossier étant la réforme des collectivités locales. Mais tout cela est parti en fumée.
J’entends déjà les commentaires, mais sachez que quand on aime on ne compte pas. D’ailleurs, débordée, elle n’a eu le temps durant ces années de déposer qu’un seul rapport… « La violence au sein des couples »
Pour être honnête, je dois rajouter qu’elle a lancé deux slogans forts :
La liberté d’expression n’est pas négociable ! Toutes en jupe contre la violence faite aux femmes !
Programme politique des plus ambitieux, concédons-le, alors soyons indulgents.
On ne peut pas être sénateur, adjointe au maire, membre de la Commission nationale pour l’autonomie des jeunes, membre de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, et membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, et faire en même temps ce pour quoi on est payé — et grassement !
Sans compter qu’à l’issue de son mandat et de ses cinq ans d’indemnités, elle percevra à vie, si elle n’est pas réélue (Dieu ne fasse pour notre chère bienfaitrice !), 20 % d’une indemnité brute de 6 952 € bruts pour son seul mandat de sénatrice.
Un travail de parlementaire ardu que nous, du bas de notre inconfort, ne pouvons mesurer. Essayez de l’imaginer, le nez penché sur des tonnes de dossiers, épluchant, analysant, se questionnant pour écrire enfin :
Déplorant qu’une crèche privée laïque puisse rencontrer des difficultés à faire respecter son caractère laïc, et souhaitant clarifier les règles qui définissent les conditions d’accueil de la petite enfance en dehors du domicile parental, dans les différentes structures collectives (crèches, haltes-garderies, jardins d’enfants) et à domicile (crèche familiale, assistantes maternelles), les auteurs de cette proposition de loi ont choisi d’introduire une obligation de neutralité dans les dispositifs législatifs relatifs à la qualification professionnelle (article L. 2324-1 du code de la santé publique, quatrième alinéa) et à l’agrément des personnes habilitées à accueillir de jeunes enfants (article L. 421-3 du code de l’action sociale et des familles s’agissant des assistantes maternelles et des assistants familiaux).
Après les collégiennes, lycéennes, fonctionnaires, stagiaires… aujourd’hui les nourrices…
Réjouissons-nous que diable ! Pourquoi vouloir survivre en faisant des petits boulots alors que l’on vous ferme la porte au nez avec un BAC +5 ou +2 ! Vivons bien ou ne vivons pas ! Elle a raison. Après tout, c’est bientôt Noël.
D’ailleurs, voulez-vous que je vous fasse une confidence ? Le Père Noël m’a confié en aparté que si nous continuons à être sages, eh bien, dans quelques années — ou peut-être l’année prochaine, qui sait — il nous offrira un voyage.
Un magnifique camp… en pleine nature, s’étendant à perte de vue, mixte bien sûr, laïcité oblige, où nous pourrons de longues semaines durant, nous recueillir, coupés de tous, crâne rasé, émancipation oblige, et à l’abri de tous les parasitages de la société. Les uniformes et les badges sont déjà prêts.
Mais chuttttttttttt. Jusqu’à cette date, motus ! N’attisons pas les jalousies ni les fractures communautaires.
En attendant. Joyeux Noël inch’Allah. And God bless tonton PS, tonton UMP et tata FN, car quel que soit celui ou celle qui sera mon parrain l’année prochaine, je sais qu’il n’oubliera pas de me faire, comme chaque année, un petit cadeau — car nous sommes un pays de culture et de traditions, comme chacun sait.