Le syndrome de la page blanche

Le syndrome de la page blanche

Plus l’inspiration, plus d’idées, ne pas savoir par où commencer, des sueurs froides à l’idée de ne plus pouvoir, ou pire de ne plus savoir écrire ? Ne cherchez plus nous dit-on, il s’agit du syndrome de la page blanche !

De quoi s’agit-il

Scientifiquement, on parle de leucosélophobie. Couramment, on parle plus simplement de syndrome de la page blanche. Cette angoisse est définie comme la crainte exagérée de se retrouver face à une feuille vertigineusement et désespérément blanche sans être en capacité de la noircir d’un seul mot, d’une seule syllabe.

Forme de stérilité primaire comme peuvent en être victimes certaines femmes ; stérilité diagnostiquée comme une « fausse stérilité » dans la mesure où elle n’est pas physiologique, mais psychologique. Mais les effets s’avèrent moralement tout aussi lourds car les conséquences en sont momentanément identiques.

Le syndrome de la page blanche toucherait particulièrement les écrivains en mal d’inspiration. Toutefois, il pourrait atteindre le peintre, le journaliste, le compositeur ou encore l’architecte autrement dit tout individu dont l’ouvrage nécessite une part de créativité ou d’innovation.

La page blanche donne l’horrible impression de devoir se lancer dans le vide. S’il fallait lui donner une origine, on pourrait évoquer le perfectionnisme. Plus la barre des objectifs et des ambitions est haute, plus la page blanche guette. Ne pas être à la hauteur est ainsi une peur réelle et certains y prêtent plus d’attention que d’autres.

Certains autres affirment que la page blanche épouvante, car elle renvoie l’écrivain à sa propre solitude car il travaille sans filet, sans la possibilité de demander un coup de main comme cela est possible dans d’autres domaines de travail. Seul, armé de sa seule plume, il reçoit de plein fouet les reflets les plus lointains de son âme.

Panne d’idées?

Certaines personnes ont souhaité proposer des remèdes à ce « mal ». Mais il ne semble pas exister de solutions miracles, seulement une panoplie de trucs et d’astuces permettant de contourner cette vacuité créative.

Certaines personnes averties recommandent ainsi de remplir la page, peu importe les mots. La solution est donc de ne jamais s’arrêter d’écrire pour ne pas se laisser submerger par un vide paralysant.

D’autres au contraire, préconisent de laisser l’écriture de côté le temps que l’inspiration revienne à pas feutrés ou même tonitruants peu importe, pourvu seulement qu’elle revienne.

Certaines plus pragmatiques expliquent qu’il faut marquer chaque bribe, chaque soupçon de pensée sur des feuilles et les accrocher partout autour de soi afin de ne laisser aucune chance à l’hypothétique idée – comme prise aux pièges dans ces bouts de papier -, de s’échapper !

D’autres encore avancent qu’il faut se promener de partout avec un petit carnet afin de noter chaque mot, chaque phrase, chaque pensée qui viendraient à l’esprit tels des éléments volatils furtifs qu’il faut ensuite saisir au vol comme des papillons dans une nacelle.

D’autres enfin suggèrent de laisser de coté la ou les parties qui ne déclenchent aucune inspiration pour « s’attaquer » à ce qui se passe un peu plus loin dans le récit qui devient alors quelque chose de linéaire qu’il suffit d’appréhender en des lieux et instants différents, les éléments du discours s’étant comme déjà déroulés en dehors de nous, comme à notre insu.

Syndrome ou symptôme ?

Certains créatifs tourmentés se hasardent à quelques verdicts plus tranchés. Et si la page blanche n’était que le témoignage symptomatique de la médiocrité de ce qui est en train de s’écrire. Si elle n’était que le syndrome, le signal d’un inconscient qui siffle la fin de la « partie » ?

D’autres moins alarmistes crient à l’atrophie de la créativité victime d’une censure de l’inconscient qui relégue nos pensées au tréfonds des idées à refouler, plutôt qu’à une panne réelle d’idées.

Pourquoi ne pas suggérer aussi un trop plein d’idées qui se bousculent souhaitant la priorité les unes sur les autres et voilà que l’embouteillage psychique empêche toute circulation d’idées !

Un mystère ou un mythe ?

La page blanche ne serait-elle rien moins qu’un mythe élaboré autour de l’image de l’écrivain-génie qui écrirait sous la dictée de Dieu dans une sorte de transe quasi extatique ; mythe qui  cache la véritable difficulté de l’écriture qui n’est ni inspiration, ni révélation, mais travail acharné autour d’idées qui ne se présentent pas comme des entités finies, mais à travailler, modeler, tailler telle une pierre, afin d’en faire apparaître lentement et laborieusement, les contours, la couleur, la beauté, la singularité… ? La page blanche et son éventuel vertige ne deviennent plus que le déséquilibre nécessaire au mouvement, d’abord tremblant, de l’esprit.