Sans rancune « Baba Nouel » ! On t’aimait bien quant même tu sais

Si on a souvent reproché aux premiers immigrés, leur compréhension et leur pratique, pas très « orthodoxes » de l’Islam, ou dans un autre registre, leur mauvaise maîtrise des codes sociaux, ils avaient sans conteste, une capacité de décryptage ; décryptage qu’ils ont su, en leur temps, transmettre à leurs enfants sans grands discours ni complaisance à l’égard de qui que ce soit.

Ils avaient compris ce que nous ne voulons pas voir ni comprendre, par mimétisme, par peur ou plus tragiquement par paresse.

Dans les années 60, le Père noël (plus de 40 ans après la loi 1905 !) avait encore ses entrées pourpres dans les écoles publiques. Il était accueilli en grande pompe dans chaque classe où il prodiguait ses cadeaux : un tracteur pour les garçons (ton père est ouvrier Mohammed mais toi tu feras mieux tu seras paysan !) Et une poupée pour les filles (l’école ce n’est pas pour toi Fatima d’ailleurs on ne tardera pas à promulguer une loi sur mesure, prête à porter !!)

Et les élèves, à 90% maghrébins, devaient scander, dans un contexte de tension et de crise, en cœur comme un seul homme « Vive Papa noël ».Mais au grand dam des péda-gogs, une voix s’élevait alors pour crier, le poing levé : « Vive Ben Bella ! ».

Aujourd’hui on craint de traumatiser ou de « punir » les enfants en les empêchant d’aller en sortie scolaire pour protester contre les mesures discriminant certains parents.

Effectivement les priver d’une sortie à la déchèterie ou à l’usine de recyclage du papier journal en papier toilette relève d’un traumatisme dont on ne mesurera pas de sitôt les conséquences mentales et comportementales. Dans le cadre d’une lecture qui prend l’allure d’une psychanalyse, nous avons là tous les ingrédients d’une analyse « fraudienne » fidèle à son maître: Libido, pipi-caca-dodo.

En effet rien de comparable avec les petits aléas sans conséquences que subissent au quotidien nos chers bambins !! Pour n’en citer que quelques uns :

  • Subir, depuis sa plus tendre enfance, le tutoiement des parents appelés indifféremment avec mépris, Fatima et Mohammed par des rustres en cols blancs mal dégrossis qu’on souhaiterait dans l’innocence de l’âge, fusiller du regard si on avait eu des kalaches à la place des yeux.
  • Apprendre qu’une copine a été retrouvée pendue au bout d’une corde, dans une cellule de prison où elle se trouvait pour on ne sait encore quel motif, et pour des raisons qu’aucune enquête ne dévoilera jamais.
  • Voir sa jeune sœur pleurer la nuit seule dans le noir parce qu’on l’oblige chaque matin, devant l’enceinte de l’école, à retirer ce voile de pitié qu’elle aimerait simplement garder.
  • Faire le bilan et constater que plus de 95 % des jeunes de la cité où vous avez grandi n’ont même pas réussi à décrocher le brevet et sont morts soient assassinés soient overdosés.
  • Se faire plaquer au mur, de façon musclée, par 2 agents de police, alors qu’on a à peine 12 ans, tout simplement parce qu’on porte une cagoule à la manière des grands.
  • Se faire discrètement rire au nez lorsqu’ on dit qu’on est français et s’entendre dire qu’il est temps de s’intégrer quant agacé on dit qu’on est étranger.
  • Subir une fouille au corps, avec palpation entre les cuisses, par des agents de la RATP, pour un simple contrôle de ticket.
  • Brimades quotidiennes de certains enseignants va t-en guerre, qui veulent briser toute fibre identitaire chez certains jeunes récalcitrants quitte à les interner dans des ERS et autres structures pensées sur mesure pour ces « têtes brûlées » .
  • Avoir 7 ans et remarquer que la maîtresse n’a jamais effleuré votre peau ni vos cheveux parce que vous avez la peau noire ou basanée.
  • Humiliations en tout genre, insultes, brimades, enseignement du fait historique défiant toute vérité…

Alors de quel traumatisme s’agit-il, de quelle punition parle-t-on ?
Le problème est il réellement celui-ci, ou est ce encore nos fantômes qui nous hantent et se rient pitoyablement de nous ?

D’un coté la force violente répétée, quasi légalisée, basse et méprisable et de l’autre une communauté musulmane paisible et docile qui par cette passivité autorise tous les abus et toutes les violations.

Personne mieux que nous mêmes ne pourra dire nos souffrances. Personne mieux que nous-mêmes ne pourra savoir ce qui est vraiment traumatisant.

Dans certains quartiers les « murs de Berlin » au sens propre comme au sens figuré, ne sont tombés que très récemment.
En sera-t-il de même pour les murs que nos esprits ont construits et que le temps a confortés ?

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