Biographie

Itinéraire d’une écrivaine à fleur de mots


Faouzia Zebdi-Ghorab est née à Nanterre en région parisienne. Elle grandit dans une famille modeste entre un père ouvrier du bâtiment, une mère au foyer, couturière à ses heures, ainsi que deux frères et trois sœurs.

Suite à un exil économique forcé, ses parents quittent l’Algérie dans les années 50, d’abord pour la Tunisie. Ils y exercent tous les deux plusieurs emplois manuels laborieux. Sa mère travaillera notamment sur une chaine de fabrication de confitures. Leur situation financière restant toujours aussi précaire, son père décide, quelques années plus tard de traverser la Méditerranée pour se rendre en France d’abord seul, où, afin de participer à la reconstruction d’après guerre, on recrute en masse une main-d’œuvre bon marché principalement dans l’automobile et surtout dans le BTP c’est à dire bâtiments et travaux publics. Faouzia n’oubliera jamais durant toutes ses années de collège et de lycée, qu’elle étudie dans un lieu construit par des ouvriers dont son père faisait partie. Ceci vous le comprendrez donnera un sens très particulier à ses études.

Abrité par les simples tôles ondulées des bidonvilles de Nanterre qui hébergent près de 14 000 immigrés essentiellement algériens dont la majorité (près de 70 %) habite dans ce type de lieu, son père y passe les hivers les plus rudes que la France ait connus à cette époque. C’est seulement en 1959, après un dur travail dans les chantiers de travaux publics que sa femme peut enfin le rejoindre elle et ses deux enfants. Tous ces logements de fortune construits par les habitants eux-mêmes sont de véritables nid à rats sans eau courante, avec un seul w.c. pour tout le lotissement, et sujet à de nombreux incendies en raison de la vétusté des installations d’éclairages improvisées.

Le dernier incendie en date les oblige à quitter définitivement la modeste pièce qui leur a servi de lieu de vie durant de longues années. Ils sont logés dans un centre d’hébergement dans le XIe arrondissement de Paris. Il faudra quarante ans pour résorber le bidonville de Nanterre et reloger ses habitants.

Après le centre d’hébergement, ses parents habiteront des logements préfabriqués jusqu’en 1961, date à laquelle commence la construction des cités dites transit, c’est-à-dire provisoires, et de qualité très moyenne. Ce « provisoire » durera jusqu’en 1985 ; date de démolition de la dernière cité transit de Nanterre, les Marguerites et ses 250 logements.

Ainsi, elle nait puis grandit dans une cité ghetto qui génère échec scolaire, chômage et  détresse mais moins souvent qu’on ne le pense car étroitements soudés par une solidarité inébranlable, les malheurs sont plus facile à surmonter. Son refuge favori quant à elle, est l’amour des livres transmis par ses parents qui bien qu’analphabètes avaient hérité d’une poésie populaire orale qu’ils gardaient en mémoire et récitaient lors de moments intimes et familiaux. La lecture représente désormais une véritable fenêtre sur le monde et son fourmillement.

Ses années de collège ne la marqueront pas énormément. Mais à partir du lycée, son chemin croisera celui de quelques professeurs atypiques comme on se plaie à les qualifier, et qui sauront accompagner et nourrir sa curiosité et son intérêt pour le monde philosophique, littéraire, et artistique à travers notamment l’art brut.

Les années de formation de Faouzia se partagent entre Paris, et un Alger qu’elle découvrira tardivement, c’est à dire lorsqu’elle choisira de faire une immertion imporvisée dans le pays de ses aieux

De l’autre côté de la Méditerranée, après quelques années universitaires à Paris, elle va pouvoir se consacrer à l’une de ses vocations, l’enseignement. À Alger, elle décide de s’y consacrer pleinement et obtient d’abord son certificat d’aptitude à l’enseignement de la langue Braille arabe après que son chemin ait croisé des enseignants non voyants avec qui elle lia une sincère amitié.. Elle mettra ses connaissances au service de l’institut des jeunes aveugles d’El Achour à Alger.

Outre l’enseignement de la langue braille, elle consacre  son temps libre et ses soirées à traduire des manuels scolaires à l’usage de ses collègues, enseignants non-voyants. Il serait trop long ici d’expliquer ici combien ces heures de lecture, de traduction et de débats,  furent édifiantes.

Mais sa langue maternelle, le Français, la rattrape. elle poursuit ses études et rejoint le célèbre Institut de Technologie de l’Éducation (ITE) de Blida  et termine première de sa promotion. Les années d’enseignement dans un collège en milieu semi rural en lente voie d’urbanisation fut sa deuxième expérience professionnelle édifiante qui lui permet de vivre des expériences pédagogiques exceptionnelles qui participeront de sa réflexion sur,  l’éducation en général et sur les finalités de l’enseignement dans nos systèmes modernes. Mais ce fut avant tout une expérience humaine qui lui permet de de faire des rencontres touchantes et parfois singulières.

Elle décide après ces riches années, mais non exemptes de difficultés, de regagner sa ville natale de la banlieue parisienne pour explorer d’autres pistes, d’autres chemins. Cette fois, elle se consacre entièrement à la philosophie. Son mémoire consacré au « thème de l’exil dans la philosophie Ishraqi » lui permet de faire plus ample connaissance avec le monde de la philosophie  mystique et politique. Après son retour sur les bancs des universités parisiennes, c’est donc en tant que diplômée de philosophie que Faouzia quitte cette fois-ci l’enseignement supérieur.

Les portes de l’enseignement lui étant définitivement fermées en raison de ses choix religeux, elle crée sa propre association La Maison de la Fraternité, et consacre toutes les années qui vont suivre à la prévention de l’échec scolaire et de la délinquance. Parmi les tâches qu’elle assure comme un sacerdoce, on relèvera la préparation des lycéens au baccalauréat de Français et de philosophie, l’enseignement de la langue arabe et de la civilisation islamique (CACI) ou encore la formation aux Sciences de l’Éducation et aux techniques de communication à travers des conférences et autres séminaires.

Toutes ces années sont traversées parallèlement par un suivi assidu de l’actualité française, mais aussi internationale qu’elle commente à travers plus d’une centaine d’articles publiés régulièrement dans des journaux militants puis dans des sites d’Actualité en ligne. Après vingt ans d’engagement auprès d’adolescents et de jeunes adultes son engagement associatif  mais aussi militant ont pris fin.

Elle est pour l’heure professeur de philosophie et intervenante pédagogique. Elle consacre le reste d’un temps  trop court et donc si précieux, à l’écriture. L’écriture est avant tout une passion, mais elle est aussi une façon de trouver des voies de compréhension du monde et plus simplement de sa propre vie.